Eli, Eli, lama sabaqtani... et l'ensemble des problèmes qui vont avec !

         Karim Al-Fransawy & islampaix

Ce simple petit verset à fait couler énormément d'encre, surtout pour conjecturer. Chose tout à fait normal puisque dans ce passage, nous pouvons observer l'impuissance de Jésus(as) et sa faiblesse. A-t-il vraiment dit cela? les évangiles selon Luc et Jean n'en font pas mention. Les commentateurs essaient par tous les moyens de faire croire que ce n'est pas par faiblesse que le Christ ('aleyhi Salam) poussa désespérément ce cri. Bien entendu, ceci ne reflète pas la réalité de l'Ecriture et cette tentative échoue misérablement lorsque l'on compare cette question adressée à Dieu, tirée du Psaume 22, aux autres prières et demandes qu'il fit dans ses périodes troubles (prière de Gethsémani, prière sur la montagne toute la nuit (Luc 6,12) etc...). Ce n'est donc pas la première fois que Jésus(as) s'adresse à Dieu pour Lui demander une chose (sauf qu'ici c'est la seule fois qu'il s'adresse à Dieu pour une demande en utilisant ce terme "Dieu" avant sa prétendue résurrection, car habituellement il se sert du mot "Père". Une fois crucifié selon les écritures, il se servira de ce terme à plusieurs reprises comme en Jean 20,17 par exemple) et ce qui a put choquer certains, c'est de le voir dans cet état, démuni de tout pouvoir et abandonné de tous. Mais ce n'est pas tout, les chrétiens pour contrecarrer ce qu'en disent les musulmans (à savoir que Jésus(as) n'est pas mort sur une croix) tentent une percée via la question suivante:

"Si Jésus(as) n'est pas mort sur la croix, ce verset ne semble-t-il pas prouver le contraire*?

«*Et vers la neuvième heure, Jésus s'écria d'une voix forte: Eli, Eli, lama sabachthani? c'est-à-dire: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?*» (Mathieu 27,46)


Pour répondre à cela, il faut déjà savoir que ce passage pose des problèmes d'interprétation car cela nous ferait dire que Jésus(as) a complètement douté de Dieu en se demandant pourquoi ce dernier l'avait abandonné ou bien qu'il plaçait sa confiance en Lui mais que Dieu ne répondit pas à l'appel de Son serviteur. Le passage où Jésus(as) reproche à Dieu de l'avoir abandonné ne peut s'expliquer que par le fait que Jésus(as) pensait qu'il allait se faire tuer par ses ennemis, et qu'il était angoissé à cause du délaissement de Dieu. Si Jésus(as) avait pour mission de se faire crucifier, alors pourquoi a t-il été angoissé? Et pourquoi n'a t-il pas été ferme dans sa mission? D'autres Prophètes ou personnes furent éprouvés sans aucune panique, une totale confiance en Dieu qui n'abandonne jamais ses serviteurs. En voici quelques exemples tirés des sources Bibliques et Islamiques:

Ismaël(as) n'a pas pris peur lorsque son père(as) allait l'égorger 

«Puis quand celui-ci fut en âge de l'accompagner, [Abraham] dit : «Ô mon fils, je me vois en songe en train de t'immoler. Vois donc ce que tu en penses». (Ismaël) dit : «Ô mon cher père, fais ce qui t'es commandé : tu me trouveras, s'il plaît à Allah, du nombre des endurants».» (Sourate 37,103)

Plusieurs croyants qui vivaient avant l'Islam ne craignaient pas la torture à cause de leur foi : 

«Khabbab Ibn Al Aratt (Radhy Allahou 'anhou) a dit : « Nous nous plaignîmes un jour auprès du Messager de Dieu (sala Allahou 'aleyhi wa Salam) alors qu'il était allongé à l'ombre de la Ka'ba, la tête appuyée sur son manteau. Nous dîmes : « Que n'appelles-tu pour nous le secours de Dieu ? Que ne pries-tu pour nous ? ». Il dit : « Parmi ceux qui vivaient avant vous, on prenait l'un d'eux, on lui creusait un trou et on l'y mettait. On apportait ensuite une scie qu'on lui plaçait sur la tête qu'on sciait ainsi en deux morceaux. Ou bien on passait sur sa tête un peigne de fer jusqu'à lui arracher ce qu'il y avait au dessous de sa chair et de ses os. Ceci n'arrivait pourtant pas à lui renier sa foi. Par Dieu, Dieu accomplira cette chose (l'Islam) jusqu'à ce que le voyageur aille sur sa monture de San'a' à Hadramawt ne craignant que Dieu ou le loup pour ses troupeaux ». (Dans une autre version : « Alors qu'il appuyait sa tête sur son manteau et nous avions souffert de durs tourments de la part des idolâtres).»

(Rapporté par Al-Bukhari, Hadith Sahih numéro 6544)


Daniel n'a pas eu peur d'être jeté à la fosse des lions et à eu confiance en Dieu : 

«Alors ces hommes entrèrent tumultueusement, et ils trouvèrent Daniel qui priait et invoquait son Dieu. Puis ils se présentèrent devant le roi, et lui dirent au sujet de la défense royale: N'as-tu pas écrit une défense portant que quiconque dans l'espace de trente jours adresserait des prières à quelque dieu ou à quelque homme, excepté à toi, ô roi, serait jeté dans la fosse aux lions? Le roi répondit: La chose est certaine, selon la loi des Mèdes et des Perses, qui est immuable. Ils prirent de nouveau la parole et dirent au roi: Daniel, l'un des captifs de Juda, n'a tenu aucun compte de toi, ô roi, ni de la défense que tu as écrite, et il fait sa prière trois fois le jour. Le roi fut très affligé quand il entendit cela; il prit à cœur de délivrer Daniel, et jusqu'au coucher du soleil il s'efforça de le sauver. Mais ces hommes insistèrent auprès du roi, et lui dirent: Sache, ô roi, que la loi des Mèdes et des Perses exige que toute défense ou tout décret confirmé par le roi soit irrévocable. Alors le roi donna l'ordre qu'on amenât Daniel, et qu'on le jetât dans la fosse aux lions. Le roi prit la parole et dit à Daniel: Puisse ton Dieu, que tu sers avec persévérance, te délivrer! On apporta une pierre, et on la mit sur l'ouverture de la fosse; le roi la scella de son anneau et de l'anneau de ses grands, afin que rien ne fût changé à l'égard de Daniel. Le roi se rendit ensuite dans son palais; il passa la nuit à jeun, il ne fit point venir de concubine auprès de lui, et il ne put se livrer au sommeil. Le roi se leva au point du jour, avec l'aurore, et il alla précipitamment à la fosse aux lions. En s'approchant de la fosse, il appela Daniel d'une voix triste. Le roi prit la parole et dit à Daniel: Daniel, serviteur du Dieu vivant, ton Dieu, que tu sers avec persévérance, a-t-il pu te délivrer des lions? Et Daniel dit au roi: Roi, vis éternellement? Mon Dieu a envoyé son ange et fermé la gueule des lions, qui ne m'ont fait aucun mal, parce que j'ai été trouvé innocent devant lui; et devant toi non plus, ô roi, je n'ai rien fait de mauvais. Alors le roi fut très joyeux, et il ordonna qu'on fît sortir Daniel de la fosse. Daniel fut retiré de la fosse, et on ne trouva sur lui aucune blessure, parce qu'il avait eu confiance en son Dieu. Le roi ordonna que ces hommes qui avaient accusé Daniel fussent amenés et jetés dans la fosse aux lions, eux, leurs enfants et leurs femmes; et avant qu'ils fussent parvenus au fond de la fosse, les lions les saisirent et brisèrent tous leurs os.» (Daniel 6,11-24)


Les trois amies de Daniel n'ont pas eu peur d'être jeté dans le feu et ont eu confiance en Dieu : 

«Alors Nebucadnetsar, irrité et furieux, donna l'ordre qu'on amenât Schadrac, Méschac et Abed-Nego. Et ces hommes furent amenés devant le roi. Nebucadnetsar prit la parole et leur dit: Est-ce de propos délibéré, Schadrac, Méschac et Abed-Nego, que vous ne servez pas mes dieux, et que vous n'adorez pas la statue d'or que j'ai élevée? Maintenant tenez-vous prêts, et au moment où vous entendrez le son de la trompette, du chalumeau, de la guitare, de la sambuque, du psaltérion, de la cornemuse, et de toutes sortes d'instruments, vous vous prosternerez et vous adorerez la statue que j'ai faite; si vous ne l'adorez pas, vous serez jetés à l'instant même au milieu d'une fournaise ardente. Et quel est le dieu qui vous délivrera de ma main? Schadrac, Méschac et Abed-Nego répliquèrent au roi Nebucadnetsar: Nous n'avons pas besoin de te répondre là-dessus. Voici, notre Dieu que nous servons peut nous délivrer de la fournaise ardente, et il nous délivrera de ta main, ô roi. Sinon, sache, ô roi, que nous ne servirons pas tes dieux, et que nous n'adorerons pas la statue d'or que tu as élevée. Sur quoi Nebucadnetsar fut rempli de fureur, et il changea de visage en tournant ses regards contre Schadrac, Méschac et Abed-Nego. Il reprit la parole et ordonna de chauffer la fournaise sept fois plus qu'il ne convenait de la chauffer. Puis il commanda à quelques-uns des plus vigoureux soldats de son armée de lier Schadrac, Méschac et Abed-Nego, et de les jeter dans la fournaise ardente. Ces hommes furent liés avec leurs caleçons, leurs tuniques, leurs manteaux et leurs autres vêtements, et jetés au milieu de la fournaise ardente. Comme l'ordre du roi était sévère, et que la fournaise était extraordinairement chauffée, la flamme tua les hommes qui y avaient jeté Schadrac, Méschac et Abed-Nego. Et ces trois hommes, Schadrac, Méschac et Abed-Nego, tombèrent liés au milieu de la fournaise ardente. Alors le roi Nebucadnetsar fut effrayé, et se leva précipitamment. Il prit la parole, et dit à ses conseillers: N'avons-nous pas jeté au milieu du feu trois hommes liés? Ils répondirent au roi: Certainement, ô roi! Il reprit et dit: Eh bien, je vois quatre hommes sans liens, qui marchent au milieu du feu, et qui n'ont point de mal; et la figure du quatrième ressemble à celle d'un fils des dieux. Ensuite Nebucadnetsar s'approcha de l'entrée de la fournaise ardente, et prenant la parole, il dit: Schadrac, Méschac et Abed-Nego, serviteurs du Dieu suprême, sortez et venez! Et Schadrac, Méschac et Abed-Nego sortirent du milieu du feu. Les satrapes, les intendants, les gouverneurs, et les conseillers du roi s'assemblèrent; ils virent que le feu n'avait eu aucun pouvoir sur le corps de ces hommes, que les cheveux de leur tête n'avaient pas été brûlés, que leurs caleçons n'étaient point endommagés, et que l'odeur du feu ne les avait pas atteints. Nebucadnetsar prit la parole et dit: Béni soit le Dieu de Schadrac, de Méschac et d'Abed-Nego, lequel a envoyé son ange et délivré ses serviteurs qui ont eu confiance en lui, et qui ont violé l'ordre du roi et livré leurs corps plutôt que de servir et d'adorer aucun autre dieu que leur Dieu!» (Daniel 3,13-28)

Nous pourrions aussi ajouter que le Prophète de l'Islam (sala Allahou 'aleyhi wa Salam) lorsqu'il était avec son compagnon AbouBaker (Radhy Allahou 'anhou) dans une grotte poursuivit par les non croyants de la Mecque qui voulaient le tuer, a mit sa confiance en Dieu et n'a pas paniqué puisqu'il déclara à son compagnon inquiet «Dieu est avec nous». Cette déclaration signifie que Dieu les protégera quoi qu'il arrive et qu'il n'a pas besoin d'être tracassé. Ils furent sauvés par une toile d'araignée et d'autres choses encore qui dissuada les mécréants d'entrer dans cette grotte, pensants qu' elle ne devrait pas être là si des gens étaient entrés à l'intérieur s'y réfugier. Un simple petit sauvetage Divin par les éléments de la nature les mit hors de danger. Dieu provoqua cet événement dans la destinée de nos deux personnages qui purent continuer d'établir l'Islam comme religion dominante, et malgré les épreuves ils se sentaient proche de Dieu et de son secours à tout moment. La prise de la Mecque en un exemple parfait par ces croyants qui avaient foi en Dieu. Un croyant peut avoir peur dans une situation donnée, mais un Prophète et encore moins le Messie, ne pourra se sentir abandonné de Dieu et Dieu ne l'abandonnera jamais.

La bataille de Badr en témoigne aussi puisque les partisans de l'Islam invincible n'étaient qu'environ 300 contre les polythéistes qui atteignaient un millier de combattants et pourtant ils étaient là, présent, le coeur vaillants pour le combat afin de défendre leur religion, leurs familles et le Prophète de l'Islam ('aleyhi salat wa Salam). Dieu les fit victorieux. Ensuite bien plus tard ils revinrent conquérir la Mecque avec une armée de 10000 hommes environ et y instaurèrent la Paix sans faire de mal aux gens qui y demeuraient.

L'histoire de Bilal (Radhy Allahou 'anhou) est tout aussi émouvante et une preuve supplémentaire de la foi des vrais croyants. Cet homme était un esclave à la Mecque et lorsqu'il entendit parler de l'Islam et de la condition de l'esclave qui est égal à un homme libre dans la foi, alors il se fit torturer pour revenir en arrière et attester que des divinités créées de mains d'hommes soient pour lui ses divinités en lesquelles il croit fortement. Sauf que malgré les tortures qu'il subit (sous le soleil en Arabie, allongé par terre écrasé par un rocher qui devait être brûlant aussi), il fit une déclaration qu'il tint du début jusqu'à la fin avant d'être libéré contre de l'argent, racheté par les compagnons du Prophète de l'Islam (sala Alahou 'aleyhi wa Salam) pour qu'il soit un croyant libre. Cette déclaration est très connu des musulmans et ce résume en quelques mots: «Ahadoun, Ahadoun» ce qui signifie «Unique, Unique» en parlant de Dieu et de Son Unicité contrairement à ce que les polythéistes Mecquois lui proposaient d'adorer. Malgré les souffrances il n'a jamais renié ni douté, au contraire il prenait encore plus de foi lorsqu'il avait des ennuies ou des tracas.

Au contraire, Jésus(as) n'a put avoir peur que parce que les événements ne se déroulaient pas comme prévu, car il a été étonné de ce que Dieu ne l'avait pas encore sauvé.

Preuve que les paroles de Jésus(as) étaient sincères et qu'il ne récitait pas simplement le Psaume 22 : 

«Et vers la neuvième heure, Jésus s'écria d'une voix forteEli, Eli, lama sabachthani? c'est-à-dire: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?» (Mathieu 27,46)

«Et à la neuvième heure, Jésus s'écria d'une voix forteEloï, Eloï, lama sabachthani? ce qui signifie: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?» (Marc 15,34)

Si Jésus(as) récitait la prière des Psaumes et rien de plus, on peut alors se demander pourquoi il cri? Il devrait généralement la faire dans sa tête où silencieusement, avec le coeur. 

Bible Annotée sur Mathieu 27.46 :

«Mystérieuse exclamation s'élevant des profondeurs de l'âme de Jésus! Retour momentané des indicibles souffrances morales de Gethsémané {#Mt 26:36 et suiv., notes} au sein de l'agonie physique! Jésus emprunte à la Parole sainte {#Ps 22:1} des termes qui puissent exprimer ce qu'il éprouve, et l'évangéliste les conserve dans la langue originale, afin de n'y rien changer. Ce qui cause l'angoisse du Sauveur, il le dit lui-même, c'est le sentiment momentané de l'abandon de Dieu! Il n'y a rien de plus redoutable dans les expériences de l'âme.» 

Commentaire de Johnson sur Mathieu 27.46 :

«Pourquoi m'as-tu abandonné? Ces paroles peuvent exprimer l'idée qu'il était seul pour fouler le raisin dans le pressoir. Comme il était pendu à la croix, "fait péché pour nous," il était abandonné dans sa lutte, sans le sentiment de la présence de son Père. #2Co 5:21. Cependant, le cri, Mon Dieu, mon Dieu! montre qu'il voulait se cramponner à Dieu comme son propre Père.» 

Bien entendu, de telles pensées n'effleurent pas les prophètes de Dieu, ils ne doutent pas de Dieu et Lui font entièrement confiance*! A plus forte raison, pour le Christ qui était censé venir se faire tuer, pour qu'après sa soi-disant mort expiatoire, l'Humanité soit sauvée, on est en mesure de se demander de quoi le Fils de Dieu ou Dieu Lui-même (selon les différents parties chrétiens) puisse douter. Voyons les choses autrement, quand on sait qu'aucun des apôtres n'a assisté à la scène de la crucifixion, ce genre de détails est-il important*? Ne s'agirait-il pas d'une falsification claire et nette pour la faire coïncider avec le Psaume 22 ? 

Ce passage contredit totalement celui-là ou Paul affirme le contraire*:

«*Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ, lequel, existant en forme de Dieu, n'a point regardé comme une proie à arracher d'être égal avec Dieu, mais s'est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes; (2-7) et ayant paru comme un simple homme, (2-8) il s'est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu'à la mort, même jusqu'à la mort de la croix.*» (Philippiens 2,5-8)

Il y a manifestement une énorme contradiction entre «*mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné*» et «*se rendant obéissant jusqu'à la mort, même jusqu'à la mort de la croix.*». Ils devaient suivre chacun une tradition différente, ou bien Paul n'a rien entendu sur la crucifixion et par ses quelques données l'a tourné dans le sens de sa croyance, ou bien les évangélistes ont une version erronée de la scène.

En ce qui concerne cette partie, nous ne pouvons qu'être étonné que le Christ semble nier à la fin de sa vie, le soutient divin. Comme nous le dit le Coran*(Sourate 12,87) : «*Ce sont seulement les gens mécréants qui désespèrent de la miséricorde d'Allah.*» Il ne sied donc pas à un messager de Dieu de désespérer de la miséricorde divine ni de Son soutien.

Pour échapper à cette contradiction, on peut se poser les questions suivantes*: 

S'agissait-il vraiment du Christ ('aleyhi Salam) sur la croix*? Cette même personne qui a répété tout au long de l'évangile selon Jean «*car je ne suis pas seul; mais le Père qui m'a envoyé est avec moi*» (Jean 8,16), et «*Celui qui m'a envoyé est avec moi; il ne m'a pas laissé seul*» (Jean 10,29) ou encore «*vous me laisserez seul; mais je ne suis pas seul, car le Père est avec moi*» (Jean 16,32)*? N'est-ce pas là d'un contraste évident avec «*Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné*?*» (Mathieu 27,46)*? 

S'agissait-il réellement des paroles de Jésus(as) et non celles d'une autre personne*? D'ailleurs tous ces versets ne proviennent que de l'évangile selon Jean et la déclaration d'abandon de Jésus(as) n'apparaît qu'en Mathieu-Marc. Il y a donc deux traditions différentes concernant cette crucifixion et l'un n'a pas connut de l'autre et vice et versa. Il faut aussi prendre en compte la théologie de l'évangile selon Jean qui est bien différente de celle des synoptiques. Il serait malvenue dans l'évangile Johannique de présenter un Jésus(as) seul qui serait en contradiction totale avec l'ensemble du récit.

Selon les Psaumes, Jésus(as) ne put être abandonné par Dieu:

«Ceux qui connaissent ton nom se confient en toi. Car tu n'abandonnes pas ceux qui te cherchent, ô Eternel!» (Psaumes 9,10)

«Car l'Eternel aime la justice, Et il n'abandonne pas ses fidèles; Ils sont toujours sous sa garde, Mais la postérité des méchants est retranchée.» (Psaumes 37,28)

Il y a d'autres exemples dans l'Ancien Testament qui montre clairement que le juste, l'innocent, le serviteur et le fidèle de Dieu n'est jamais abandonné de Lui.

Nous savons qu'aucun des disciples n'a assisté à la crucifixion, ils ne peuvent donc pas rapporter ces paroles-ci, c'est un fait. Ceux qui voudraient employer les versets qui disent que des témoins (disciples de Jésus, hommes et femmes) étaient au pied de la croix selon l'évangile de Jean, qu'ils sachent qu'en Mathieu et Marc, les seuls témoins oculaires se trouvaient éloignés du lieu de la crucifixion. Qui donc rapporta ces paroles? Quelle chaîne de transmission ininterrompue peuvent présenter les chrétiens concernant ces rapports divergents ? De plus, selon les évangiles, Jésus(as) aurait le pouvoir de changer d'apparence. Si Jésus(as) pouvait changer d'apparence selon le pouvoir que Dieu lui a transmit, il peut tout aussi bien mettre la ressemblance sur quelqu'un pour que les gens confondent Jésus(as) avec l'imposteur ou que ce soit Dieu Lui-même qui usa de ce stratagème pour sauver Son Messie et punir celui qui mérite cette fin honteuse de malédiction Divine. On peut donc penser que ce n'est pas Jésus(as) qui fut crucifié mais*:

- soit une autre personne, choisit pour cette mission (mais dans ce cas ces paroles n'ont pas lieu d'être)
- soit un homme punit qui méritait cela (Judas l'Iscariote par exemple).

Ceci est une hypothèse qu'il nous faut explorer car tous les points abordés jusqu'ici et ceux à venir semblent plaider contre la crucifixion. Etait-ce une autre personne comme l'affirment certains apocryphes ? Ou bien encore qu'*«*il leur en a semblé ainsi*(Shubihha lahum) », comme le confirme le Coran*?

Entrons dans l'analyse littéraire de cette déclaration:

Tout d'abord signalons que ce verset est une copie presque conforme du verset 2 du Psaume 22 selon le texte hébraïque:

"Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? Je gémis, et le salut reste loin de moi!" (Psaume 22,2)

Dans la Septante (LXX) et la Vulgate, il est un problème qui apporta quelques complications aux chrétiens puisqu'il est ainsi écrit:

"Mon Dieu, mon Dieu, prête attention à moi, pourquoi m'as-tu abandonné? Loin de mon salut les paroles de mon péché" (Psaume 22,2) 

Le "prête attention à moi" (ou «regarde moi») se trouve dans la LXXmais est absent du texte Massorétique et ne se retrouve pas non plus chez Mathieu-Marc. Ces mots furent peut être omis pour ne pas trop montrer la dépendance de Jésus envers Dieu?

Comment attribuer cette suite («Loin de mon salut les paroles de mon péché») à Jésus(as) qui est censé être sans péchés? Les évangélistes font leurs choix dans ce qu'il cite pour ne pas entrer en conflit avec leurs croyances.

Jettons un oeil sur les différents emplois de ce passage à travers les différentes données linguistique et scripturaire connues:

En HébreuxEli, Eli, lama 'azabtani
En AraméenElahi, Elahi, lema sebaqtani
En MarcEloï, Eloï, lama sabachtani
En MathieuEli, Eli, lema sabachtani
Dans le Codex BezaeElei, Elei, lama zaphthani
Dans l'Evangile selon PierreHé dynamis mou, hé dynamis, kateleipsas me
Le Targum postérieur (vers 450): Eli, Eli, mittul ma sebaqtani repris dans le Codex Washingtonensis de MathieuEli, Eli, ma sabachthanei
Dans la Septante (LXX)Ho Theos, Ho theos mou, prosches moi hina ti egkatelipes me

Marc et Mathieu ont fait un mix entre l'hébreux et l'araméen, peut être existait-il un dialecte qui regroupait les deux au premier siècle de l'aire chrétienne?

Raymond E Brown dans son livre "la mort du Messie" p.1157 fait le commentaire suivant sur ce verset:

"Des variantes textuelles harmonisent la forme du Nom de Dieu en Marc-Mathieu, de sorte que tous deux donnent "Eloï" ou "Eli". De même, on trouve des tentatives pour harmoniser les différences entre "lama" et "lema", et des témoins de la tradition Koiné donnent "lima" en Marc. L'éxotique "sabachthani" est écrit "sabaktanei" dans le Codex Vaticanus de Mathieu, "sabaphthanei" dans le Vaticanus de Marc, et "sabachtanei" dans le Sinaïticus de Mathieu, "sibakthanei" dans l'Alexandrinus de Marc."

Toutes ces divergences textuelles prouvent les altérations au fil du temps du texte Biblique, bien que les chrétiens refusent de l'admettre, mais dans la durée, l'altération des manuscrits s'est effectué tristement.

L'Evangile selon Pierre décrit les derniers mots de Jésus(as) comme étant (indiqué ci-dessus dans sa langue originale):

"Ma force, ô force, tu m'as abandonné" ( force = pouvoir)

Comment concilier ces deux sources?

"Ma force, ô force, tu m'as abandonné" (Evangile selon Pierre)

Vs

"Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?" (Evangiles selon Marc-Mathieu)

Certains peuvent alléguer que la "force" signifie "pouvoir" et que le "pouvoir" se réfère à "Dieu" puisque dans les évangiles, "Dieu" est nommé "Puissance" (Marc 14,62 / Mathieu 26,64) et ce mot est très proche de "pouvoir". Mais rien n'indique cette vision conjecturale, bien que la version d'Aquila au 2ème siècle rendait le Psaume 22,2 comme suit: "Mon fort, mon fort" et qui signifierait donc que le "Eli" du Psaume 22,2 signifiait quelque chose qui ressemblerait à "Mon fort" ou "Ma force" (comme en Pierre). Mais entre "ma force" et "mon Dieu", il y a un espace aussi large que les cieux et la terre, malgré toutes les esquives que voudront essayer de faire les chrétiens.

Ce n'est cependant pas terminé puisque de ces mots de Jésus(as) qui lui sont attribués, il y a ensuite une incompréhension totale inexpliquée qui émane de l'interprétation que l'auditoire témoin de cette déclaration du Christ ('aleyhi salam) va émettre.

Les mots de Jésus(as) sont issus du Psaume 22 et demande à Dieu la raison de Son abandon envers son serviteur, mais les gens en bas de la croix qui le raillèrent se demandait pourquoi appelait-il le Prophète "Elie". Posons les versets pour illustrer et comprendre le problème insolvable:

"Et à la neuvième heure Jésus clama en un grand cri : " Élôï, Élôï, lema sabachthani ", ce qui se traduit : " Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? " Certains des assistants disaient en l'entendant : "Voilà qu'il appelle Élie ! " Quelqu'un courut tremper une éponge dans du vinaigre et, l'ayant mise au bout d'un roseau, il lui donnait à boire en disant : " Laissez ! que nous voyions si Élie va venir le descendre ! "" (Marc 15,34-36)

Bible Annotée sur Marc 15.34 : 

«Marc a conservé la prononciation syriaque ou araméenne du mot Eloï, mon Dieu. En hébreu, on dit Eli, {#Ps 22:2} et c'est sans doute sous cette dernière forme que Jésus prononça ces paroles, telle qu'elles sont dans le psaume qui occupait alors ses pensées. Elle expliquerait mieux la méprise ou le jeu de mots rapportés au verset suivant: il appelle Elie. {#Mt 27:47, note.}.»

Une question se pose: comment les personnes présentes ont pu comprendre qu'il parlait du Prophète "Elie" alors que Jésus(as) (selon les évangiles) employa le mot "Dieu"? C'est une impossibilité de la part des juifs de confondre ces termes qui sont très différents ni de la part de ceux qui connaissaient un minimum l'araméen ou l'hébreux. En Marc il est question de "Eloï" qui signifie "Dieu", alors que le Prophète Elie se dit "Eliyahu" ou parfois abrégé en "Eliya". Mathieu s'est sûrement aperçu du problème puisqu'il connaissait les langues sémitiques et changea le mot "Eloï" de Marc (sa source) en "Eli" pour faire correspondre la réaction du public au pied de la croix. En grec le nom du Prophète "Eli" se dit "Elias" et ne peut être confondue avec "Eloï" qu'avait employé l'auteur de l'évangile selon Marc. Cet auteur n'a pas dû se rendre compte de son incohérence et Mathieu tenta de sauver les meubles, mais en vain.

Il y a un second problème, quel est le rapport entre ceux qui pensent que Jésus(as) parle du Prophète Eli, qui est déjà une erreur, et le fait que l'un d'eux courut apporter une éponge imbiber de vinaigre pour la donnée au crucifié? Ces 2 incohérences ont l'air d'être un assemblage de plusieurs traditions ensemble selon les savants.

L'offre du vin vinaigré est issu de l'Ancien Testament, précisément du Psaume 69,22 où il est dit:

"Pour nourriture ils m'ont donné du fiel; pour ma soif ils m'ont donné à boire du vinaigre" (Psaume 69,22)

Il ressort une fois de plus que les auteurs évangéliques ont adaptés l'histoire de la crucifixion à l'Ancien Testament. En Marc-Mathieu, c'est un juif qui donna l'éponge à Jésus(as) alors qu'en Luc ce sont les soldats romains. (Divergence contradictoire car c'est soit l'un soit l'autre). C'est une boisson de soldats romains et c'est pour cela que Luc l'a mis sur leur compte; en Marc, il est improbable que ce soit un romain puisque comme le souligne Raymond Brown, un soldat romain n'aurait pu entendre parler d'Elie.

"Certains des assistants disaient en l'entendant : " Voilà qu'il appelle Élie ! " Quelqu'un courut tremper une éponge dans du vinaigre et, l'ayant mise au bout d'un roseau, il lui donnait à boire en disant : " Laissez ! que nous voyions si Élie va venir le descendre ! "" (Marc 15,35-36)

"Quelques-uns de ceux qui étaient là, l'ayant entendu , dirent : Il appelle Elie. Et aussitôt l'un d'eux courut prendre une éponge, qu'il remplit de vinaigre, et, l'ayant fixée à un roseau, il lui donna à boire . Mais les autres disaient : Laisse , voyons si Elie viendra le sauver ." (Mathieu 27,47-49)

En Mathieu, l'explication est de données différentes puisque celui qui court chercher le vin est l'un de ceux qui croyait entendre Jésus(as) s'adresser à Elie. La personne qui court n'est plus celle que parlait en disant "laissez" chez Marc: ce sont "les autres" personnes qui s'adresse à celui qui donne à boire au Christ ('aleyhi Salam). Il y a une contradiction évidente et cela ne s'arrange pas lorsque l'on se rend compte qu'il y a une autre anomalie en Marc: la personne qui cour prendre du vin et qui revient, la donne tout seul à Jésus(as) et ensuite s'adresse aux autres en leurs disant d'arrêter. Mais le soucis c'est qu'il est seul à accomplir toutes ces choses contrairement à Mathieu qui retoucha le modèle de Marc, ayant sûrement remarquer le problème. Chez lui, ce sont les autres qui demande à celui qui donne le vin et qui courut le chercher, d'arrêter de lui donner et d'attendre la venu d'Elie. Marc n'a sans doute pas vu l'incohérence de son récit, gracieusement retouché par l'auteur de Mathieu qui se sert de Marc (rappelons le) comme source principale de son évangile.


Quelques points restent à élucider:

Pourquoi Jésus(as) a douté de la même façon que ses disciples alors qu'il est censé être en train d'accomplir sa mission suicide?

«Il monta dans la barque, et ses disciples le suivirent. Et voici, il s'éleva sur la mer une si grande tempête que la barque était couverte par les flots. Et lui, il dormait. Les disciples s'étant approchés le réveillèrent, et dirent: Seigneur, sauve-nous, nous périssons! Il leur dit: Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi? Alors il se leva, menaça les vents et la mer, et il y eut un grand calme.» (Mathieu 8,23-26)

«Après avoir renvoyé la foule, ils l'emmenèrent dans la barque où il se trouvait; il y avait aussi d'autres barques avec lui. Il s'éleva un grand tourbillon, et les flots se jetaient dans la barque, au point qu'elle se remplissait déjà. Et lui, il dormait à la poupe sur le coussin. Ils le réveillèrent, et lui dirent: Maître, ne t'inquiètes-tu pas de ce que nous périssons? S'étant réveillé, il menaça le vent, et dit à la mer: Silence! tais-toi! Et le vent cessa, et il y eut un grand calme. Puis il leur dit: Pourquoi avez-vous ainsi peur? Comment n'avez-vous point de foi? (Marc 4,36-40)

«Mais, voyant que le vent était fort, il eut peur; et, comme il commençait à enfoncer, il s'écria: Seigneur, sauve-moi! Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit, et lui dit: Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté? Et ils montèrent dans la barque, et le vent cessa. (Mathieu 14,30-32)

Ces versets accentuent l'idée que ce n'était pas Jésus(as) qui fut mit sur cette croix, ou bien à en croire le texte Biblique, cela signifie que Jésus(as) avait douté du sauvetage Divin, étant un homme de peu de foi. Ce qui est vraiment incompatible avec son envoie sur terre et sa mission, car il avait pour but de se faire crucifier (selon Paul et les chrétiens), mais une fois sur la croix, il reproche à Dieu de l'avoir abandonné. Au contraire, si Jésus(as) n'avait pas pour objectif de se faire tuer, ses paroles seraient justifiées; Il se serait simplement hâté du secours de Dieu.

- Si nous lisons le passage (Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?) en son contexte, on constate que les juifs lui avaient dit que s'il descendrait de sa croix, ils croiraient en lui : 

«Les principaux sacrificateurs, avec les scribes et les anciens, se moquaient aussi de lui, et disaient: Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même! S'il est roi d'Israël, qu'il descende de la croix, et nous croirons en lui. Il s'est confié en Dieu; que Dieu le délivre maintenant, s'il l'aime. Car il a dit: Je suis Fils de Dieu. Les brigands, crucifiés avec lui, l'insultaient de la même manière. Depuis la sixième heure jusqu'à la neuvième, il y eut des ténèbres sur toute la terre. Et vers la neuvième heure, Jésus s'écria d'une voix forte: Eli, Eli, lama sabachthani? C'est-à-dire: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? (Mathieu 27,41-46)

«Les principaux sacrificateurs aussi, avec les scribes, se moquaient entre eux, et disaient: Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même! Que le Christ, le roi d'Israël, descende maintenant de la croix, afin que nous voyions et que nous croyions! Ceux qui étaient crucifiés avec lui l'insultaient aussi. La sixième heure étant venue, il y eut des ténèbres sur toute la terre, jusqu'à la neuvième heure. Et à la neuvième heure, Jésus s'écria d'une voix forte: Eloï, Eloï, lama sabachthani? ce qui signifie: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? (Marc 15,31-34)

Ainsi, si nous allons dans le sens Biblique du texte, Jésus(as) demanda à Dieu de le sauver pour qu'ils croient en lui, mais voyant que cela n'arrivait pas, il se mit à crier et a désespérer.


Tout ce contre-rendu nous amène à la seule conclusion possible: 

Les auteurs des évangiles rédigèrent une histoire de la crucifixion en se basant sur l'Ancien Testament, ajouté aux sources qu'ils ont collectés des rapports anciens de cet événement, le tout remodelé à leur vision des choses, donne les évangiles que nous avons aujourd'hui et qui ne sont certainement pas une représentation authentique de ce qui se déroula réellement entre 30-33 de l'aire chrétienne. Si nous prenons la réalité de cette phrase, placée dans son contexte, elle ne peut que suggérer l'interprétation que nous en avons donné.

Wa Allahou a'lem 


29/06/2009
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