Jephté tue sa fille pour l'Eternel




Selon la Bible, il est interdit de sacrifier ses enfants :

Deutéronome 12:31 
Tu n’agiras pas ainsi à l’égard de l’Eternel, ton Dieu; car elles servaient leurs dieux en faisant toutes les abominations qui sont odieuses à l’Eternel, et même elles brûlaient au feu leurs fils et leurs filles en l’honneur de leurs dieux.

Deutéronome 18:10 
Qu’on ne trouve chez toi personne qui fasse passer son fils ou sa fille par le feu, personne qui exerce le métier de devin, d’astrologue, d’augure, de magicien,



Or, Jephté, inspiré par Dieu, a promit à Dieu que s'il arrive à vaincre ses ennemis, il sacrifiera sa fille pour le remercier :

Juges 11
29 L’esprit de l’Eternel fut sur Jephthé. Il traversa Galaad et Manassé; il passa à Mitspé de Galaad; et de Mitspé de Galaad, il marcha contre les fils d’Ammon.
30 Jephthé fit un voeu à l’Eternel, et dit: Si tu livres entre mes mains les fils d’Ammon,
31 quiconque sortira des portes de ma maison au–devant de moi, à mon heureux retour de chez les fils d’Ammon, sera consacré à l’Eternel, et je l’offrirai en holocauste.
32 Jephthé marcha contre les fils d’Ammon, et l’Eternel les livra entre ses mains.
33 Il leur fit éprouver une très grande défaite, depuis Aroër jusque vers Minnith, espace qui renfermait vingt villes, et jusqu’à Abel–Keramim. Et les fils d’Ammon furent humiliés devant les enfants d’Israël.
34 Jephthé retourna dans sa maison à Mitspa. Et voici, sa fille sortit au–devant de lui avec des tambourins et des danses. C’était son unique enfant; il n’avait point de fils et point d’autre fille.
35 Dès qu’il la vit, il déchira ses vêtements, et dit: Ah! ma fille! tu me jettes dans l’abattement, tu es au nombre de ceux qui me troublent! J’ai fait un voeu à l’Eternel, et je ne puis le révoquer.
36 Elle lui dit: Mon père, si tu as fait un voeu à l’Eternel, traite–moi selon ce qui est sorti de ta bouche, maintenant que l’Eternel t’a vengé de tes ennemis, des fils d’Ammon.
37 Et elle dit à son père: Que ceci me soit accordé: laisse–moi libre pendant deux mois! Je m’en irai, je descendrai dans les montagnes, et je pleurerai ma virginité avec mes compagnes.
38 Il répondit: Va! Et il la laissa libre pour deux mois. Elle s’en alla avec ses compagnes, et elle pleura sa virginité sur les montagnes.
39 Au bout des deux mois, elle revint vers son père, et il accomplit sur elle le voeu qu’il avait fait. Elle n’avait point connu d’homme. Dès lors s’établit en Israël la coutume
40 que tous les ans les filles d’Israël s’en vont célébrer la fille de Jephthé, le Galaadite, quatre jours par année.


Comment est-ce qu'une personne qui a en elle l'esprit de Dieu a-t-elle pu tuer sa fille pour un voeu? Pourquoi Dieu ne lui a pas dit que ce voeu n'était pas permis? Pourquoi Dieu n'est pas intervenu en le dégageant de son voeu comme c'était le cas avec Abraham et Isaac?


Selon l'auteur de l'épitre aux Hébreux, le comportement de Jéphthé est loué et est celui de la justice :

Hébreux 11
32 Et que dirai–je encore? Car le temps me manquerait pour parler de Gédéon, de Barak, de Samson, de Jephthé, de David, de Samuel, et des prophètes,
33 qui, par la foi, vainquirent des royaumes, exercèrent la justice, obtinrent des promesses, fermèrent la gueule des lions,
34 éteignirent la puissance du feu, échappèrent au tranchant de l’épée, guérirent de leurs maladies, furent vaillants à la guerre, mirent en fuite des armées étrangères.


Cette histoire est tellement choquante que plusieurs chrétiens ont tenté de la nier et ont affirmé que Jephthé avait seulement consacré sa fille au service de Dieu. Cependant, les grands savants chrétiens ainsi que les Pères de l'Eglise ont accepté la réalité de ce sacrifice, certains en blâmant le voeu de Jephté et d'autres en le louant :

Les Pères et plusieurs habiles commentateurs n’ont pas fait difficulté de reconnaître que Jephté avait réellement offert sa fille en holocauste Josèphe le dit expressément. Le paraphraste chaldéen dit qu’il l’immola sans avoir consulté le grand prêtre; et que s’il l’avait consulté, il aurait racheté sa fille d’une somme d’argent. Saint Ambroise déplore la dure promesse et la cruelle exécution du voeu de Jephté. Saint Augustin désapprouve la conduite de Jephté, et dit qu’il fit en cela ce qui était défendu par la loi, et qui ne lui avait été commandé par aucun ordre particulier. Il suppose par conséquent qu’il exécuta son voeu à la lettre. Saint Jérôme croit que Dieu en permit l’exécution, pour punir ce père imprudent de sa témérité. Saint Chrysostome remarque que Dieu, par une providence pleine de sagesse, permit que ce père fit réellement mourir sa fille, pour réprimer ceux qui dans la suite pourraient se porter légèrement à faire de pareilles promesses. C’était un exemple très-propre à inspirer aux hommes de la circonspection, et à les éloigner des voeux et des promesses précipitées. Saint Justin le martyr et Théodoret ont regardé cette action dans la même vue. D’autres ne se sont pas contentés de supposer le sacrifice de la fille de Jephté comme un fait certain, ils l’ont loué et approuvé. L’auteur des Questions aux orthodoxes, imprimées sous le nom de saint Justin, ne doute pas que la piété envers Dieu qui lui fit immoler sa fille ne l’ait fait mettre par l’Apôtre au nombre des justes. Saint Jérôme s’exprime de même. Il dit ailleurs que, si le sacrifice n’est pas louable, au moins l’esprit et l’intention sont dignes d’approbation. Saint Ambroise n’ose l’accuser d’avoir exécuté sa promesse; mis il le plaint de s’être trouvé dans la nécessité de ne pouvoir accomplir son voeu que par un parricide. Saint Thomas reconnaît que la foi et la dévotion qui le portèrent à faire ce voeu, venaient de Dieu, et que c’est ce qui l’a fait mettre par l’Apôtre au rang des justes; {#Heb 11:32,33} mais que ce qui gâta son action fut qu’il se laissa aller à son propre mouvement, en exécutant ce qu’il avait trop légèrement promis. On peut voir notre dissertation sur cette matière, celle de Louis Capelle, celle du père Alexandre, et les auteurs qui sont cités dans notre Bibliothèque sacrée.
Dictionnaire de la Bible de Dom Augustin Calmet, Jephté.



Origène dit :

Pour saisir avec un peu de pénétration, dans la mesure où c'est possible, le sens de tels sacrifices, qui purifient ceux pour qui on les offre, il faut comprend la raison pour laquelle la fille de Jephté fut offerte en holocauste, (car Jepht fut) vainqueur des fils d'Ammon par ce voeu, auquel consentit celle-là même qui fut offerte en holocauste, puisque, à son père qui lui disait : "J'ai ouvert la bouche contre toi devant le Seigneur", elle répondit :"Si tu as ouvert a ouvert la bouche contre moi devant le Seigneur, accomplis ton voeu".1

1. L'historicité du récit est généralement admise par les commentateurs actuels, comme elle l'a été pour les plus anciens. Cependant à partir du Moyen Age, juifs et chrétiens ont cherché à nier la réalité du sacrifice (C. F. Burney, the book of Judges, Londres 1918, p. 324;  cf L. Desnoyers, Histoire du peuple hébreux, Paris 1922 t. I, p. 183) "Le rédacteur du livre des Juges, fait observer R. De Vaux ("Les sacrifices de l'Ancien Testament", dans Cahier de la Revue Biblique 1964 p. 61), ne loue ni ne blâme Jephté et la tradition postérieure n'a pas condamné celui-ci" (en effet, l'Epitre aux Hébreux, 11, 32, le range au nombre des saints) : telle est aussi l'attitude d'Origène. Cependant très vite des réticences se font jour : Pour Josèphe (Ant. Jud. V, vii, 10 = 266) ce sacrifice n'était ni légitime, ni agréable Dieu; pour Jonathan, le traducteur chaldéen, Jephté aurait dû racheté sa fille et, des siècles plus tard, à l'autre extrémité du monde antique, Augustin s'appuiera sur ce même rachat pour affirmer la faute de Jephté : Dieu ordonnant de racheter les premiers-nés, avait, en effet, son horreur des sacrifices humains (Quaest. XLIX in Jud., CCL XXIII, p. 210). Ambroise lui reproche la témérité de son voeu (De aff. III, 12, 78, PL 16, 167 D), comme le font les Juifs cités par Jérôme (C. Jod. I, 23, PL 23, 242 AB) et dont l'argumentation sera reprise par Théodoret (Quaest. XX in Jud., PG 80, 508 AB) et par S. Thomas (2a 2ae, qu. 88, art. 2 ad sec). Mais le même Jérôme nous dit (In Jer. II, 45, 4, CCL LXXIV, p.84) que ce qui plut à Dieu, ce ne fut pas le sacrifice, mais animus offerentis : là encore, S. Thomas le suit, en disant (loc. cit.) que la foi et la dévotion qui le poussèrent à faire un voeu venait du Saint-Esprit.

Origène, Commentaire sur S. Jean, tome II, VI 277-279 (Jean 1, 29), page 341


Le dictionnaire de Bost :

Jephthé {#Jug 11:1} (1188 avant Jésus-Christ).
Ce neuvième juge d’Israël était l’enfant illégitime de Galaad et d’une de ses concubines. Repoussé de la famille par la flétrissure de sa naissance, il vécut longtemps en aventurier dans les solitudes de Tob en Syrie; mais son pays eut besoin de lui, les Hammonites s’étaient avancés contre Galaad, et Jephté consentit à les repousser, à condition que le pouvoir lui reste, s’il était vainqueur: il le fut. Le guerrier devint juge du pays, mais le père dut offrir en sacrifice sa fille qu’il avait vouée aux dieux païens. Après cette victoire, si tristement couronnée. Jephté fut appelé à une victoire également triste sur ses frères d’Ephraïm, qui s’élevèrent contre lui, redoutant sa supériorité; les négociations qu’il entama avec eux, et les explications qu’il leur donna n’ayant amené aucun résultat, il dut prendre les armes, et les vainquit 42 000 hommes périrent dans cette guerre. Dès lors Jephté jugea en paix Israël pendant six ans, puis il mourut et fut enseveli en Galaad. Dictionnaire de la Bible de Jean Augustin Bost, Jephthé.



Le dictionnaire de Westphal :

  Le récit du voeu de Jephté et de l’immolation de sa fille offre un grand intérêt pour l’étude des sacrifices humains dans l’antiquité. Le rédacteur ne semble pas surpris, encore moins scandalisé, par l’acte cruel de ce père. Les sacrifices humains avaient pourtant été condamnés par le Deutéronome {#De 18:10}, que cet auteur connaissait, mais tel était l’abaissement moral à l’époque des Juges que cet épisode ne paraissait pas jurer avec la mentalité israélite de ce temps-là; d’ailleurs, ces sacrifices odieux reparaissent par moment, sous l’influence néfaste des religions étrangères. {cf. #2Ro 16:3, immolation du fils d’Achaz} L’écrivain deutéronomiste donne une interprétation religieuse de ces faits: c’est par piété que le chef fit à Dieu ce voeu funeste, et c’est par piété que sa malheureuse fille ne se révolte pas contre la décision paternelle et accepte de mourir pour sauver son peuple {#Jug 11:36}. Les anciens voyaient en de tels voeux un remède héroïque en temps de calamité: pour apaiser la divinité courroucée, on faisait avec elle un marché, mais il fallait y mettre le prix. Comparer à Jephté, vouant sa fille avant la bataille qui promet d’être rude, Agamemnon immolant la sienne, Iphigénie, pour calmer les dieux et s’en faire des alliés; de même le roi Mésa de Moab, réussissant, après plusieurs échecs, à repousser l’assaut ennemi en immolant son fils premier-né sur les remparts de sa ville {#2Ro 3:27}. Un père ne possédait rien de plus précieux que son propre enfant; comme, en ces temps barbares, il en était le possesseur au sens le plus absolu du mot, rien ne l’empêchait de le sacrifier. Les détails sur la fin de la jeune fille et sur ses funérailles rappellent des rites païens en usage dans la Phénicie et la Grèce antiques.—Voir Juges. A. Ch. Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Westphal, Jephté.


La Bible de Jérusalem :

a) L'histoire du voeu de Jephté, vv. 30-31, 34-40, a pour fin d'expliquer une fête annuelle que l'on célébrait en Galaad, v. 40, et dont la vraie signification est inconnue. Il ne faut pas en atténuer le sens : Jépht immole sa fille, v. 39, pour ne pas manquer au voeu qu'il a fait, v. 31. Les sacrifices humains seront toujours réprouvés en Israël, cf. déjà Gn 22, mais le narrateur rapporte l'histoire sans exprimer aucun blâme, et l'accent paraît même être mis sur la fidélité au voeu prononcé. Notes de la Bible de Jérusalem sur Juges 11.30, page 365.


La TOB :

a) Par son voeu, Jephté fait à Dieu la promesse de lui sacrifier quelqu'un s'il obtient la victoire sur les Ammonites. Une fois prononcé, le voeu doit être tenu et Jephté ne pense pas pouvoir s'y dérober malgré les circonstances. Le narrateur ne se prononce cependant pas sur la moralité de ce voeu alors que les sacrifices humains étaient interdit en Israël. La rigueur du voeu, qui ici paraît inviolable, s'atténuera avec le temps, cf. Lv 27,1-25. Notes de la Traduction Oecuménique de la Bible sur Juges 11.30, page 516.



On se demande donc comment Jésus = l'Eternel = Amour a pu laisser Jéphté accomplir un acte aussi cruel en immolant sa fille.















25/02/2011
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