Jihâd perpétuel ?




Beaucoup de détracteurs de l'Islam dépeignent cette religion comme belliqueuse, prônant une violence inouïe vis-à-vis de ceux qui ne partagent pas leur confession. Ils se basent entre autre sur ce verset:



Combattez ceux qui ne croient ni en Dieu ni au Jour dernier, qui n'interdisent pas ce que Dieu et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu'à ce qu'ils versent la capitation par leurs propres mains, après s'être humilies. (Coran, 9 :29)



Voyez disent-ils en substance, les musulmans pour être fidèle à leur religion n'ont d'autres solutions que de guerroyer perpétuellement contre les juifs et les chrétiens jusqu'à leur extorquer la Jizya, et ils ne peuvent être en aucun cas être des partisans de la paix !



Cependant, rien ne prouve la validité de cette assertion et il faut se référer au contexte historique pour comprendre la portée réelle de ce verset coranique.



Pour exposer ce même contexte, nous citons le commentaire du Sheikh Abû Al-A`lâ Al-Mawdûdî, rahimahullâh, dans son ouvrage Tafhîm Al-Qur'ân :


 

Conquête de l'Arabie :

 

Le premier était la Conquête de l'Arabie. Le Saint Prophète, paix et bénédiction de Dieu sur lui, pouvait envoyer des missions auprès de différents clans pour propager l'Islam. En l'espace de seulement deux ans, le résultat était tellement probant que c'était devenu une si grande puissance que le vieil ordre de l'ignorance se sentait impuissant face à cela. À tel point que les individus les plus zélés parmi les Quraïshites étaient si exaspérés qu'ils violèrent le Traité pour s'opposer à l'Islam dans un combat décisif. Mais le Saint Prophète, paix et bénédiction de Dieu sur lui, avait entrepris une action prompte après cette infraction afin de ne pas leur donner une quelconque opportunité de réunir assez de force pour cela. Il organisa une invasion soudaine de la Mecque au mois de Ramadan en l'an après l'Hégire et la conquit. Bien que cette conquête ait brisé l'épine dorsale de l'ordre de l'ignorance, celui-ci lança encore une autre attaque sur l'Islam dans le champ de bataille de Hunaïn, qui sonna son glas. Les clans de Hawâzin Thaqîf, Nawr, Jushm et d'autres réunirent leurs forces entières sur le champ de bataille pour écraser la Révolution réformatrice, mais ils échouèrent tout à fait dans leurs mauvaises conceptions. La défaite 'de l'ignorance' à Hunaïn a frayé la voie pour faire de l' Arabie entière ' le Domicile de l'Islam ' (Dâr-ul-Islam).


Le résultat était qu'à peine une année s'était écoulée après la Bataille de Hunayn, que la partie principale de l'Arabie rejoignit les rangs de l'Islam et seulement quelques défenseurs du vieil ordre étaient restés dispersés dans quelques coins du pays. Le deuxième événement qui a contribué à faire de l'Islam une puissance formidable fut la Campagne de Tabûk, qui avait été rendue nécessaire par les activités provocatrices des Chrétiens vivant à l'intérieur ou à proximité des frontières de l'Empire Romain au nord de l'Arabie. En conséquence, le Saint Prophète, paix et bénédiction de Dieu sur lui, avec une armée de trente mille hommes avança courageusement vers l'Empire Romain mais les Romains avaient esquivé la rencontre. Le résultat était que le prestige du Saint Prophète, paix et bénédiction de Dieu sur lui, et de l'Islam avait augmenté et les députations de tous les coins de l'Arabie avaient commencé à attendre son retour de Tabûk pour lui offrir leur allégeance à l'Islam et leur obéissance. Le Saint Coran a décrit ce triomphe dans la sourate Nissa : "Quand le secours d'Allâh est venu et la victoire a été atteinte et vous avez vu les gens rejoindre les rangs de l'Islam en grand nombre... "


Campagne à Tabûk :

 

La Campagne à Tabûk était le résultat du conflit avec l'Empire Romain, qui avait commencé avant même la conquête de la Mecque. Une des missions envoyées après le Traité de Hudaïbiyah aux différentes parties de l'Arabie visita les clans qui vivaient dans les régions du Nord adjacentes à la Syrie. La majorité de ces gens était des Chrétiens, sous l'influence de l'Empire Romain.


Contrairement à tous les principes de la loi internationale généralement acceptée, ils tuèrent quinze membres de la délégation à proximité d'un lieu connu sous le nom de Zat-u-Talah (ou Zat-i-Itlah). Seul Ka'ab Ibn Umair Ghifari, le chef de la délégation réussit à s'évader et rapporta le triste incident. En plus de cela, Shurahbil Ibn Amr, le gouverneur Chrétien de Busra, qui était directement sous le Romain César, avait aussi mis à mort Haritli Ibn Umair, l'ambassadeur du Saint Prophète, paix et bénédiction de Dieu sur lui, qui lui avait été envoyé comme subordonné également. Ces événements convainquirent le Saint Prophète, paix et bénédiction de Dieu sur lui, qu'une action forte devait être entreprise pour rendre le territoire adjacent à l'Empire Romain sûr et sécurisant pour les Musulmans.


En conséquence, au mois de Jumâda'l-Ûla de l'an 8 de l'Hégire, il envoya une armée de trois mille hommes vers la frontière syrienne. Quand cette armée atteignit presque Ma'an, les Musulmans apprirent que Shurahbîl s'avançait à la tête d'une armée de cent mille hommes pour se battre contre eux et que César, qui était lui-même à Hims, avait envoyé une autre armée composée de cent mille soldats sous la direction de son frère Théodore. Mais en dépit de ces nouvelles effrayantes, la petite bande courageuse des Musulmans s'avançait intrépidement et la rencontre avec la grande armée de Shurahbîl eut lieu à Mu'tah. Le dénouement résultat était très favorable aux Musulmans, car l'ennemi ne parvint pas à les mettre en échec quand bien même il était en nombre supérieur (la proportion des deux armées était 1:33). Cette prouesse a été très bénéfique pour la propagation de l'Islam.


En conséquence, ces Arabes qui vivaient dans un état de semi-indépendance en Syrie et à proximité de la Syrie et ainsi que les clans de Najd près de l'Irak, qui étaient sous l'influence de l'Empire iranien, se tournèrent vers l'Islam et l'embrassèrent par milliers. Par exemple, le peuple de Banû Sulaym (dont le chef était Abbas Ibn Mirdas As-Sulaymî), Ashja'a, Ghatafân, Zubyan, Fazarah, etc. rejoignirent les rangs de l'Islam en même temps. Et surtout, Farvah Ibn Amral Juzami, qui était le commandant des armées arabes de l'Empire Romain, embrassa l'Islam à ce moment-là et fut jugé pour sa Foi d'une façon telle que le territoire entier en était perplexe.


Quand César apprit que Farvah avait embrassé l'Islam, il ordonna qu'on l'arrête et qu'on le présente à sa cour. Alors César lui dit : "Tu devras choisir entre deux choses. Ou tu renonces à ton Islam et regagnes ainsi ta liberté et ton rang. Ou tu restes un Musulman et tu fais face à la mort." Il choisit calmement l'Islam et sacrifia sa vie pour la voie de la Vérité. Pas étonnant que de tels événements aient fait comprendre à César la nature du danger qui menaçait son Empire de l'Arabie. En conséquence, en l'an 9 après l'Hégire, il entama des préparatifs militaires pour venger l'insulte qu'il avait subie à Mu'tah. Ghassanid et d'autres chefs arabes commencèrent aussi à rassembler des armées avec lui.


Quand le Saint Prophète, paix et bénédiction de Dieu sur lui, qui se tenait toujours bien informé des moindres choses qui pourraient affecter le Mouvement Islamique favorablement ou défavorablement, eut pris connaissance de ces préparatifs, il comprit immédiatement leur signification. Alors, sans beaucoup d'hésitation il décida de se battre contre la grande puissance de César. Il savait que la moindre preuve de faiblesse aboutirait à l'échec total du Mouvement qui faisait face à trois grands dangers à ce moment-là. D'abord le pouvoir 'de l'ignorance' qui avait presque été écrasé sur le champ de bataille de Hunayn risquait de reprendre de l'importance.


Deuxièmement, les Hypocrites de Médine, qui étaient toujours à l'affût d'une éventuelle opportunité, pouvaient profiter de cela pour faire le plus grand mal possible. Car ils avaient déjà fait des préparatifs en vue de cela et, par l'intermédiaire d'un moine appelé Abû Amir, ils avaient envoyé des messages secrets au sujet de leurs mauvaises intentions au roi chrétien de Ghassan et à César lui-même. En plus de cela, ils avaient aussi bâti une mosquée près de Médine pour la tenue de réunions secrètes.


Le troisième danger était l'attaque par César lui-même, qui avait déjà battu l'Iran, l'autre grande puissance de cette époque et qui avait rempli de crainte les territoires adjacents. Il est évident que s'il avait été donné à ces trois éléments une occasion d'entreprendre une action concertée contre les Musulmans, l'Islam aurait perdu le combat qu'il avait presque remporté. C'est pourquoi dans ce cas le Saint Prophète, paix et bénédiction de Dieu sur lui, fit une déclaration ouverte quant à l'organisation des préparatifs pour la Campagne contre l'Empire Romain, qui était l'un des deux empires les plus importants du monde à cette période. La déclaration fut faite bien que toutes les circonstances apparentes étaient contre une telle décision : parce que la famine sévissait dans le pays, la récolte longuement attendue était sur le point de mûrir, la chaleur brûlante de l'été ardent en Arabie était à son paroxysme et il n'y avait pas assez d'argent pour les préparatifs en général, et pour l'équipement et le transport en particulier.


Mais malgré ces handicaps, quand le Messager d'Allâh réalisa l'urgence de l'occasion, il prit cette mesure qui devait décider si la Mission de la Vérité allait survivre ou périr. Le fait même qu'il fasse une déclaration ouverte quant à l'entreprise des préparatifs d'une telle campagne en Syrie contre l'Empire Romain montrait combien c'était important, car c'était contraire à sa pratique précédente. D'habitude, il prenait toutes les précautions pour ne pas révéler à l'avance la direction vers laquelle il allait, ni le nom de l'ennemi qu'il allait attaquer ;il ne sortait même pas de Médine, fut-ce pour aller à la campagne.


Toutes les parties de l'Arabie avaient pleinement réalisé les conséquences graves de cette décision critique. Les quelques partisans du vieil ordre 'de l'ignorance' attendaient avec inquiétude l'issue de la Campagne, car ils avaient misé tous leurs espoirs sur la défaite de l'Islam par les Romains. 'Les hypocrites' avaient aussi considéré cette bataille comme étant leur dernière chance d'écraser la puissance de l'Islam par une rébellion interne, si les Musulmans subissaient une défaite en Syrie. Ils avaient, ainsi, fait pleine utilisation de la Mosquée construite par leurs soins pour mettre au point leurs complots et avaient employé tous leurs dispositifs pour faire de la Campagne un échec. De l'autre côté, les Croyants sincères s'étaient également entièrement rendu compte que le destin du Mouvement pour lequel ils avaient fait leur possible pendant les 22 dernières années était dès lors sur une balance. S'ils se montraient courageux à cette occasion critique, les portes du monde extérieur entier seraient ouvertes pour permettre au Mouvement de s'étendre. Mais s'ils montraient de la faiblesse ou de la lâcheté, alors tout le travail qu'ils avaient réAlîsé en Arabie partirait en fumée. C'est pourquoi ces amoureux de l'Islam s'élancèrent dans leurs préparatifs pour la Campagne avec enthousiasme.


Chacun d'eux essayait de surpasser l'autre en apportant des contributions pour les provisions en équipement. `Uthmân et `Abd Ar-Rahmân Ibn Awf ont apporté de grandes sommes d'argent à cette fin. Umar a contribué avec la moitié de ses biens et Abû Bakr tous ses bénéfices. Les Compagnons indigents ne sont pas restés en arrière et ont offert tout ce qu'ils pourraient gagner par la sueur de leur travail et les femmes se sont séparées de leurs ornements. Des milliers de volontaires, qui étaient vivement désireux de sacrifier leurs vies pour l'Islam, sont allés vers le Saint Prophète, paix et bénédiction de Dieu sur lui, pour demander à avoir à leurs dispositions des armes et un moyen de transport afin qu'ils puissent rejoindre l'expédition. Ceux à qui on ne pouvait pas fournir tout cela versaient des larmes de tristesse ; La scène était si pathétique que le Saint Prophète, paix et bénédiction de Dieu sur lui, était triste face à son incapacité à les armer. Bref, l'occasion permettait de distinguer le sincère croyant de l'hypocrite. Car rester en retrait pour la Campagne signifiait que le rapport même de la personne à l'Islam était douteux. En conséquence, chaque fois qu'une personne était restée en arrière lors du voyage à Tabûk, le Saint Prophète, paix et bénédiction de Dieu sur lui, , étant informé, disait spontanément, "Laissez le seul. S'il y avait un bien chez lui, Allâh le rattachera de nouveau à vous et s'il ne renferme aucun bien, alors remerciez Allâh de vous avoir soulagé de sa mauvaise compagnie".


Ainsi, le Saint Prophète, paix et bénédiction de Dieu sur lui, se dirigea vers la Syrie en l'an 9 après l'Hégire au mois de Rajab, en compagnie de trente mille combattants pour la cause de l'Islam. Les conditions dans lesquelles l'expédition a été entreprise pouvaient être mesurées à partir du fait que le nombre de chameaux dont ils disposaient était si petit que beaucoup d'entre eux étaient obligés de marcher à pied et d'attendre leurs tours ; plusieurs d'entre eux ont dû monter à plusieurs sur le même chameau. A ajouter à cela, il y avait la chaleur brûlante du désert et le manque sévère d'eau. Mais ils ont été richement récompensés pour leur résolution ferme et l'adhésion sincère à la cause et pour leur persévérance face à ces grandes difficultés et obstacles.


Quand ils sont arrivés à Tabûk, ils apprirent que César et ses alliés avaient retiré leurs troupes de la frontière et qu'il n'y avait plus d'ennemis à combattre. Ainsi ils gagnèrent une victoire morale qui augmenta leur prestige et, qui plus est sans verser une goutte de sang. A ce propos, il est important de signaler que la version générale donnée par les historiens sur les campagnes du Saint Prophète, paix et bénédiction de Dieu sur lui, à propos de la Campagne de Tabûk n'est pas correcte. Ils rapportent l'événement de telles manières qu'ils falsifient les informations sur le retrait des armées Romaines près de la frontière Arabe. Le fait est que César avait commencé à rassembler ses armées, mais le Saint Prophète, paix et bénédiction de Dieu sur lui, l'avait anticipé et était survenu avant qu'il ne puisse achever les préparatifs de l'invasion. Ainsi, croyant que "la discrétion est la meilleure partie de courage," il retira ses armées de la frontière. Aussi, il n'avait pas oublié que les trois mille combattants pour la cause de l'Islam avaient rendu impuissante son armée forte de cent mille hommes à Mu'tah. Il ne pouvait pas, alors, même avec une armée de deux cent mille hommes, oser se battre contre une armée de trente mille hommes et, en plus de cela, menée sous la direction du Saint Prophète, paix et bénédiction de Dieu sur lui, lui-même. Quand le Saint Prophète, paix et bénédiction de Dieu sur lui, constata que César avait retiré ses forces de la frontière, il se posa la question si cela valait la peine de continuer sur le territoire syrien ou de s'arrêter à Tabûk et de tirer partie de sa victoire morale au niveau politique et stratégique.


Il choisit finalement la deuxième solution et fit une halte de vingt jours à Tabûk. Pendant ce temps, il fit pression sur les petits états qui se trouvaient entre l'Empire Romain et l'État Islamique et qui étaient à ce moment-là sous l'influence des Romains, il les soumit et les rendit tributaires de l'État Islamique. Se soumirent notamment quelques chefs chrétiens comme Ukaydir Ibn `Abd Al-Malik Al-Kindî de Dumatul Jaidal, Yuhanna Ibn D'obah d'Ailah et les chefs de Maqna, Jarba ' et Azruh et ils acceptèrent de payer la Jizyah pour l'Etat Islamique de Médine. Suite à cela, les frontières de l'État Islamique ont été étendues directement jusqu'à l'Empire Romain et la majorité des clans arabes, qui étaient utilisés par César contre l'Arabie, devinrent les alliés des Musulmans contre les Romains. Par-dessus tout, cette victoire morale de Tabûk avait offert une magnifique opportunité aux Musulmans de renforcer leur solidarité en Arabie avant d'entrer dans un long conflit avec le Romains. Car cela a brisé les espérances de ceux qui s'attendaient toujours à ce que le vieil ordre de ' l'ignorance ' reprenne le dessus dans un proche avenir, qu'ils s'agissent des défenseurs proclamés du shirk ou des hypocrites qui dissimulaient leur shirk sous le costume de l'Islam. La plupart de ces personnes ont été contraintes par la force des circonstances d'entrer dans l'Islam et, au moins, faire leur possible pour permettre à leurs descendants de devenir de sincères Musulmans. Après ceci, il ne restait qu'une infime minorité impuissante de défenseurs du vieil ordre, mais elle ne pouvait résister face à la Révolution Islamique pour la perfection de laquelle Allâh avait envoyé Son Messager.



http://www.islamophile.org/spip/article162.html




Un rapport à la teneur similaire peut être trouvé dans l'ouvrage, Ar-Rahiq Al-Makhtum (le nectar cacheté),  ci-dessus :



http://www.witness-pioneer.org/vil/Books/SM_tsn/ch7s3.html#The%20Invasion%20of%20Tabuk



Donc, clairement si l'on se réfère au contexte historique, ce fut une agression, un acte de guerre émanant en premier lieu des voisins (chrétiens) des musulmans qui abouti à la révélation du verset 9/29 et l'injonction de les combattre, du fait qu'ils ont tué des messagers musulmans innocents qui ne faisaient que leur communiquer une lettre du Prophète Muhammad, sallâllâhou alayhi wa salam. Voila ce qui a motivé la campagne de Tabûk durant laquelle le paiement de la Jizya fut institué  (quoi que le tribut payé par les juifs de Khaybar à partir de l'an 7 de l'Hégire, puisse aussi être perçu comme une forme de Jizya)



Oumar Ibn Al-Khâttab, radhia allâhou anhou, relate cet atmosphère tendu et le caractère belliqueux des voisins des musulmans, en ces termes : Les gens qui étaient dans la région alentour du Prophète s'étaient apaisés vis-à-vis du Prophète ; il ne restait qu'un roi, celui des Ghassanides en Syrie, dont nous craignions qu'il nous attaque" (Rapporté par Al-Bukhârî, n° 5505.)



C'est dans cette perspective que le Sheikh Hânî al-Jubayr indique en répondant à une question :



Question : Est-ce une obligation pour un  état islamique d'attaquer les états voisins non-Musulmans et de collecter la jizya de leur part ? Devons nous prendre en exemple, ceux des Califes bien guidés qui ont fait la guerre aux empires Perses et Byzantins sans qu'il n'y ait eu n'importe quelle agression de la part de ses derniers ?



Réponse de Sheikh Hânî al-Jubayr, juge à la cour suprême de Jeddah :



Si les pays non-Musulmans n'attaquent pas les musulmans ni se mobilisent pour empêcher la pratique et diffusion de l'Islam, ni ne transgressent contre des mosquées, ni n'oppriment les gens musulmans dans leur droit de professer leur foi et de décrier la mécréance, alors il n'est pas permis pour le pays musulman d'attaquer ce pays. Le Jihâd à caractère militaire, a été seulement autorisé pour aider les musulmans à défendre leur religion et à supprimer l'oppression des gens.


Les Perses et les Romains ont en fait commis des agressions contre l'Islam et ont attaqué les musulmans en premier.



Le Chosroes de Perse était allé si loin qu'il a ordonné spécifiquement à son commandant au Yémen de tuer le prophète (la paix soit sur lui). Les Romains ont mobilisé leurs forces pour combattre le Prophète (la paix soit sur lui), et les musulmans les ont affrontés dans les batailles de Mu'tah et Tabûk pendant la vie du prophète.


http://islamtoday.com/show_detail_section.cfm?q_id=312&main_cat_id=15



 
Dans la même voie, le Sheîkh Jalal Abualrub écrit :



Ce verset met l'accent sur la nécessité de lutter contre les Gens du Livre, mais dans quelles conditions ? Nous avons précédemment établi le fait que l'état islamique n'est pas autorisé à attaquer les non-Musulmans qui ne sont pas hostiles envers l'Islam, qui n'oppriment pas les musulmans, ou n'essaient pas de convertir des musulmans par la force à leur religion, ou de les expulser de leurs terres, ou qui ne leur font pas la guerre, ou qui ne préparent une attaque contre eux. Si une seule de ces offenses se produit, cependant, les musulmans sont autorisés à se défendre et à protéger leur religion. Les musulmans ne sont pas autorisés à attaquer les non-Musulmans qui ont signé des pactes de paix avec eux, ou les non-Musulmans qui vivent sous la protection de l'état islamique. (Jalal Abualrub, Holy Wars, Crusades, Jihad)



Muhammad Asad, rahimahullâh, écrit dans The Message of the Qu'ran:


Ce verset, aussi doit être lu dans le contexte de la règle coranique selon laquelle la guerre est autorisée seulement pour se défendre (voir 2 : 190-194, et les notes correspondantes). En d'autres termes, l'injonction ci-dessus de combattre est appropriée seulement en cas de d'agression envers  la communauté ou l'état musulman, ou en présence d'une menace indubitable pour sa sécurité : une opinion qui a été partagée par ce grand penseur islamique, Muhammad `Abduh. Présentant ses observations sur ce verset, il a déclaré : Le « combat a été rendu obligatoire en Islam seulement pour défendre la vérité et ses disciples…. Toutes campagnes du prophète étaient défensives; et ont eu lieu ainsi les guerres entreprises par les compagnons durant la période primitve [de l'Islam] » (Manar X, 332).




Dans "Ceci est l'Islam", (éditions assia, p.45) Sheikh Salîh Ibn Ad Al Azîz Ibn Muhammad Ibn Ibrahîm Al-Sheikh, ministre Saoudien des affaires islamique, des legs pieux, de la prédication et de l'Orientation explique :

 


Les états sont toujours dans une de ces deux situations : dans une situation de guerre ou dans une situation de paix. En cas de guerre, la Charia n'a pas un esprit belliqueux mais considère la guerre comme un cas de force majeur. Si la possibilité d'inviter les gens à l'Islam et de transmettre le message d'Allâh est offerte, le djihâd n'est en principe prescrit que pour la protection de l'appel à l'Islam comme le dit Cheikh Al-Islam Taïmiyyah en début de son Livre en réponse aux chrétiens : "Si on peut transmettre le message de l'Islam, le djihad offensif n'a pas sa raison d'être". Il appuie son dire, par des références et arguments connus.



Et feu Abû Zahra, rahimahullâh, de conclure, en ces termes:



Ibn Taymiyah décrit les guerres du Prophète contre les Byzantins, comme suit : « En ce qui concerne les Chrétiens, le Prophète ne leur déclara pas la guerre avant d'envoyer ses messagers à Héraclius, à Chosroès, à Moquauqisse, au Négus, aux rois de l'Orient et de la Syrie. Des Chrétiens et des autres peuples se rallièrent à l'Islam ; les Chrétiens en Syrie massacrèrent ceux d'entre eux qui étaient devenus Musulmans ; ce furent donc les Chrétiens qui déclarèrent les premiers la guerre aux Musulmans en massacrant injustement ceux d'entre eux qui avaient embrassé l'Islam.


Lorsque le Prophète vit que les Chrétiens avaient pris l'initiative de persécuter les Musulmans, il envoya une troupe à la tête de laquelle il plaça Zayd Ibn Hârithah, remplacé par Ja`far, puis par Ibn Rawâhah. Ce fut le premier combat qui opposa les Chrétiens et les Musulmans ; il prit place à Mu'tah, en Syrie. Un grand nombre de Chrétiens se rallièrent contre les Compagnons du Prophète et plusieurs d'entre eux ainsi que les différents chefs de la petite armée moururent en martyrs sur le champ de bataille. Khâlid Ibn Al-Walîd assuma alors le commandement de l'armée. »


Cela prouve que le combat du Prophète se limitait à repousser les attaques. Du temps du Prophète, elles se présentaient sous deux aspects :


  1. Les ennemis dirigeaient leurs attaques contre le Prophète qui les faisaient retomber sur eux. 
  2. Ils détournaient les Musulmans de leur foi. Dans ce cas, le Prophète devait à tout prix empêcher l'atteinte à la liberté de pensée et de croyance.


Sous ces deux aspects, nous voyons que le Prophète n'imposait pas sa religion et n'obligeait personne à l'embrasser, mais il protégeait l'un de ses principes : la liberté de croyance, que le Coran stipulait : « Nulle contrainte en religion. »


En vérité, si le Prophète entrait en guerre, cela était uniquement pour défendre la liberté de pensée et pour protéger le croyant contre ceux qui voulaient lui faire renier sa foi.



http://www.islamophile.org/spip/article1138.html





La relation entre l'Abyssinie et les premiers états de l'Islam est une excellente étude de cas pour réfuter la conception classique des deux territoires [Dar al Islam et Dar al Harb], qui appelle à une guerre permanente contre les non-musulmans des communautés politiques jusqu'à ce qu'ils acceptent l'Islam ou de payer la Jizyah. Mâlik Ibn Anas, le fondateur de l'école du droit malékite, a affirmé que les musulmans ne devraient pas conquérir l'Abyssinie fondant son avis sur un hadith du Prophète: "Laissez les Abyssiniens en paix aussi longtemps qu'ils vous laissent en paix." Il a reconnu qu'il n'était pas certain de l'authenticité dudit Hadîth, mais a déclaré: "Les gens doivent éviter de les attaquer." (cité par  Ibn Rushd dans Bidayah al-Mujtahid wa Nihayah al Muqtasid)





L'Abyssinie avait maintenue son identité chrétienne longtemps après que l'Islam a été créé en Arabie et en Afrique du Nord. Quelques familles musulmanes pouvaient y être trouvées au quatrième siècle de l'Hégire. (T.W Arnold, The Preaching of Islam, London, Constable and Company, 1332/1913, p.113)





Dès le début, les Abyssiniens ont montré leur bonne volonté envers les premiers musulmans qui, fuyant la persécution de Quraysh, avaient cherché refuge en Abyssinie. Les émigrés musulmans ont été accueillis par les Abyssiniens et étaient en outre protégés contre leurs persécuteurs, qui avaient envoyé une délégation dans le but de ramener les émigrants musulmans de Ja'afar Ibn Talîb. L'Abyssinie fut le premier état à reconnaître l'Islam. Les bonnes relations entre l'Abyssinie et l'Etat islamique perdurent la suite  (Muhammad Haykal, The Life of Muhammad, trans. Isma'il al-Faruqi [ North American Trust Publications, 1397 / 1976 ] , pp.97-101)






 
Conclusion : Nous pouvons raisonnablement conclure que l'injonction du verset 9/29 n'est pas inconditionnelle mais conditionnée en fonction du contexte. Par conséquent, l'ordre de combattre dans le verset 9:29 se relie à des non-musulmans de l'époque du Prophète (s.à.w) qui commettent l'agression et non pas à ceux qui vivent en paix. Le mot de la fin est au Sheikh Sayyid Sabiq qui 'synthétise tout ce qui a été évoqué :



Ce que nous avons énoncé indique clairement que l'Islam n'a pas permis le lancement des hostilités, excepté pour : 1. repousser l'agression ; 2. protéger la propagation islamique ; 3. décourager la Fitna et l'oppression et assurer la liberté religieuse. Dans ces cas-ci, le combat devient une nécessité de la religion. Il s'appelle alors, `Jihad'. (Sayyid Sabiq, Fiqhu as-Sunnah, vol. 3, p. 81)


 






23/12/2007
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