Le Coran contient t-il la parole d’Abdullâh Ibn Abî Sarh ?




 

L'objet de cet article est d'examiner une allégation qui a été émise par certains missionnaires chrétiens contre le Coran et le Prophète Mouhammad (Paix et Bénédictions sur lui) ; d'après la critique, ce dernier (Paix et Bénédictions sur lui) aurait accepté le commentaire personnel d'Abdullâh Ibn Abi Sarh (l'un de ses scribes), relatif à la création de l'homme, comme partie intégrante du texte coranique, plus précisément dans la Sourate Al-Mu'minûn (verset 14)

 

Nous savons également que selon des traditions musulmanes, en partie ou au moins un verset du Coran faisant référence au développement humain provient d'un simple homme. En effet, tandis que Mohammed dictait le verset 23:14, Abdullah Ibn Abi Sarh, emporté par la beauté de ce qu'il entendait parler sur la création de l'homme, quand Mohammed eut atteint les mots une "autre créature" son compagnon a poussé l'exclamation "béni soit Dieu, le meilleur des créateurs !"  Mohammed a accepté ces mots comme s'ils étaient la suite de sa révélation et dit à Ibn Abi Sarh de les écrire, quoiqu'il ait été tout à fait clair que les mots de son compagnon, ne sont pas les mots de Mohammed ou d'Allah. (cf Tafsir Anwar al-Tanzil wa Asrar al-Ta'wil by `Abdallah Ibn `Umar al-Baidawi.)

 

Ceci étant dit, selon les traditions musulmanes, il nous est indiqué qu'au moins une partie d'un verset du Coran contient les mots supplémentaires d'un simple être humain, comment pouvons-nous être sûr que les autres textes du Coran, ne sont pas également la résultante d'autres sources ?

 

Source : http://facealislam.free.fr/embryon_grec.html

 

 

Nous ne parlerons pas ici de l'allégation surannée selon laquelle les versets du Coran ayant traits à l'embryologie seraient copiés sur les travaux de médecins Grecs comme Galien ou Hippocrate. Cette allégation a déjà été réfutée depuis des décennies :



A Muslim Answer To Criticism Of "Embryology in the Qur'an"


Does the Qur'an Plagiarise Ancient Greek Embryology?




Mais comme le titre de cet article l'indique, nous tendrons à répondre à cette critique, comme quoi une parole n'émanant ni de Dieu, ni de Mouhammad mais d'un simple et quelconque mortel (en l'occurrence ledit Abdullâh Ibn Abi Sarh) aurait été insérée dans le texte coranique. Il y a plusieurs points à signaler.



1. Que dit réellement l'histoire ?

 


Un manque d'objectivité est remarqué chez le missionnaire. La tradition suscitée dit qu'après qu'Abdullâh Ibn Abî Sarh ait prononcé ses paroles, le Prophète, Paix et Bénédictions sur lui, l'a informé avec surprise que c'était justement la fin du verset. Le missionnaire dit : Mohammed a accepté ces mots comme s'ils étaient la suite de sa révélation. En fait, ce propos est réducteur et ne représente pas avec fidélité la teneur du récit. Evidemment, un doute, à propos de la sincérité du Prophète Muhammad, peut traverser l'esprit de la personne qui prend connaissance de cette histoire. Mais objectivement, il n'y a pas matière à conclure de façon absolue, à partir de cette tradition qu'il est un faussaire et qu'il a "emprunté" la déclaration d'Ibn Abî Sarh pour l'incorporer dans le Coran et fabriquer une fin de verset. Qu'y a-t-il d'impossible ou d'impensable dans le fait qu'Abdullâh Ibn Abî Sarh ait pu prononcer la même formule que Dieu ? Ce n'est pas chose absolument impossible, loin s'en faut.

 


2. Quid de l'authenticité de ce récit ?

 


b) La chaîne de transmission de ce récit

 

Interrogé sur cette anecdote (entre autres), Anas Ahmed Lala, se référant à Ibn Taymiyah, écrit :


Par contre le récit relatif à Abdullâh ibn Abî Sarh' et "fa tabâraka-llâhu ahsan ul-khâliqîn" de la sourate al-Mu'minûn n'est pas authentique : la chaîne relatant cela n'est pas fiable (voir As-Sârim, p. 124) ; plus encore, ces versets sont de révélation pré-hégirienne et non post-hégirienne, alors que l'apostasie de Abdullâh ibn Abî Sarh' a eu lieu à Médine, donc après l'hégire : on voit bien que le récit ne tient pas.


http://www.maison-islam.com/article.php?id=370

 


Non seulement la chaîne de transmission du récit ne répond au critère d'authenticité, mais au surplus, il est anachronique. En effet, la conversion et l'apostasie d'Abdullâh Ibn Abî Sarh' datant d'après l'Hégire, l'anachronisme est patent. Il faut aussi enquêter quand au contexte de révélation de cette Sourate.



b) datation de l'apostasie d'Abî Sarh

 


Il existe une science entièrement dédiée à l'étude la vie des compagnons du Prophète et des générations postérieures de Musulmans qui furent impliqués dans la transmission du Hadîth. Cette science est appelée Ilm al-Rijâl (i.e., la science des gens). L'une des références les plus consistante dans ce domaine est Usûd Ulghâbah fi Ma'rifat Is-Sahâbah par Ibn al-Athîr. Dans la section concernant Abdullâh Ibn Sâd Ibn Abî Sarh, nous trouvons ce qui suit:


Ce qui se lit comme suit:


Il se convertit à l'Islam avant la conquête de La Mecque et immigra auprès du Prophète (P) [i.e. à Médine]. Il avait l'habitude de mettre par écrit la révélation pour le Prophète (P) avant qu'il n'apostasie et ne retourne à la Mecque. Puis, il dit aux Quraysh: 'J'avais l'habitude d'orienter Muhammad où je souhaitais, il me dictait "Tout-Puissant Tout-Sage" et je suggérait "Omniscient Tout-Sage" et il me disait: "Oui, c'est la même chose." [Ibn al-Athîr, Usûd Ulghâbah fî Ma'rifat Is-Sahâbah, 1995, Dâr al-Fikr, Beyrouth (Liban), Volume 3, p. 154.]



Des citations suscitées de Usûd Ulghâbah, il n'y a pas de doute concernant la conversion de Abdullâh Ibn Sâd Ibn Abî Sarh: Il embrassa l'Islam après la Hijrah et joint les musulmans à Médine. Ainsi, son apostasie eut lieu postérieurement signifiant qu'elle eut lieu à Médine.

 

 

c) Révélation de la Sourate Al A'nam

 


La "science du Qur'ân" (en arabe Ulûm al-Qur'ân) a transmis beaucoup de précieux détails sur la révélation du Saint Qur'ân y compris les causes de la révélation (en arabe Asbâb un-Nuzûl,  c'est-à-dire, l'événement particulier qui à un certain événement a motivé la révélation de certains versets du Qur'ân), et même les lieux où tel ou tel verset ou un chapitre du Qur'ân furent révélés au Prophète (P). Notez que les versets révélés à la Mecque sont appelés versets mecquois et ceux révélés à Médine sont appelés versets Médinois. La principale référence utilisée dans cet article en tant qu'Ulûm al-Qur'ân est Al-Itqân fî Ulûm il-Qur'ân de Jalaluddîn al-Suyûtî.


Concernant la Sourate 6 (à partir de laquelle le verset 6:93 est cité), de nombreux rapports d'appuient le fait qu'elle a été entièrement révélée à la Mecque. On rapporte même que ce chapitre a été escorté par 70 000 anges quand Gabriel l'a révélé au Prophète (Paix sur lui). Reportez-vous à Al-Itqân, Section 13: Qu'est-ce qui a été révélé de façon éparse et qu'est-ce qui a été révélé en une seule unité [Jalaluddîn as-Suyûtî, Al-Itqân fî Ulûm il-Qur'ân (En deux Volumes), 1987, première édition, Dâr al-Kutub al-Ilmiyyah, Beyrouth (Liban), p. 82]. On peut également se référer à Al-Itqân, Section 14: Qu'est-ce qui a été révélé avec une escorte et ce qui a été révélé seul [Ibid, p.83-85]. En conséquence, l'avis voulant que le verset 6:93 concerne Abdullâh Ibn Sâd Ibn Abî Sarh tombe à l'eau. De nombreux rapports indiquent que la révélation du verset 6:93 vise des gens tels que Musaylamah al-Kadhdhâb de al-Yamâmah et al-'Ansy du Yémen, deux personnages ayant prétendu être des Prophètes à cette même époque.



Ibn Kathîr dit : 'Ikrama et Qatada disent que ce verset est descendu à propos de Musaymila.
Tafsîr Ibn Kathîr, Sourate 6.93



Al-Jalalayn dit : Ce verset est descendu à propos de Musaylima.
Tafsîr al-Jalalayn, Sourate 6.93


 

Sheikh Abû A'la al-Mawdudî écrit :


Selon une tradition d'Ibn `Abbâs, la sourate fut révélée en une seule fois à La Mecque. Asmâ', fille de Yazîd, un cousin germain de Mu`adh Ibn Jabal, a dit : "Lors de la révélation de cette sourate, le Saint Prophète était sur une chamelle et je tenais ses rennes. Le chameau a commencé à sentir le poids au point que l'on aurait dit que ses os allaient se briser." Nous apprenons aussi d'autres traditions que le Saint Prophète avait dicté la sourate entière la nuit même de sa révélation.


Le sujet de la sourate montre clairement qu'elle fut probablement révélée pendant la dernière année de vie du Saint Prophète à La Mecque
. La tradition d'Asmâ', la fille de Yazîd, confirme aussi ce fait. Comme elle faisait partie des Ansâr et avait embrassé l'islam après la migration du Saint Prophète à Yathrib [1], sa visite au Saint Prophète à La Mecque eut probablement lieu pendant la dernière année de sa vie. En effet, auparavant, ses relations avec ces gens n'étaient pas assez intimes pour qu'une femme de Yathrib vienne lui rendre visite à La Mecque.


Source : http://www.islamophile.org/spip/Sourate-Al-An-am.html


 

Par souci d'exhaustivité, nous citerons quelques informations données dans Al-Itqân. Selon Ibn-Salâh dans son Fâtawi:

 

Le récit selon lequel ils ont transmis la révélation de la Sourate 6 entièrement en une seule fois fut transmis et remonte de Ubayy Ibn Ka'b, il est faible dans son isnâd (i.e. la chaîne de transmission), et je n'ai jamais vu d'isnâd digne de confiance (Sahih) pour cette tradition. Beaucoup de traditions dissent même le contraire, c'est à dire, que plusieurs versets du chapitre 6 furent révélés postérieurement à Médine. Ils ont différé sur le nombre de ces versets si ils sont de 3 ou 6 ou d'un autre nombre, et Dieu sait mieux. [p. 82]


Ainsi, certains récits concernant le chapitre 6 classent plusieurs versets en tant que versets Médinois. Ces récits diffèrent sur le nombre de versets: un rapport sur l'autorité d'Ibn Abbâs exclut 3 versets (6:151 à 6:153), d'autres disent 6 versets (les précédents + 6:91 + 6:93 et 6:94 -- Ils disent aussi que les deux derniers versets concernent Musaylamah). D'autres rapports excluent seulement deux versets, par exemple 6:20 et 6:114. Ils diffèrent également concernant la teneur des versets exclus car ils concernent soit Musaylamah ou un rabbin juif de Médine ou d'autres motifs. Donc, de ce qui est dit dans le précédent paragraphe, nous ne conclurons pas encore, en raison d'un léger doute concernant Asbâb un-Nuzûl du verset 6:93.

 

 

d) Révélation de la Sourate al-Mu'minûn 

 

 

Selon la critique, la révélation du verset 23:12 et l'anticipation étonnée de Abdullâh Ibn Sâd Ibn Abî Sarh sur la fin du verset 23:14 furent la cause de son apostasie. De nombreux livres sur la science du Coran ont fait une classification précise des chapitres et versets qui ont été révélés à la Mecque (ceux qui sont appelés versets ou chapitres Mecquois), et ceux qui ont été révélés à Médine (ceux qui sont appelés Médinois). Selon Al-Itqân, nous apprenons que le chapitre 23, en entier (c'est-à-dire, la Sûrat al-Mu'minûn) est Mecquois. Se référer aux pages 17-21 où de nombreux rapports confirment la révélation du chapitre 23 de la Mecque sans exception d'un seul verset. [Ibid p. 17-21]



Conclusion: de toute évidence, cette histoire est une grosse fabrication puisque Abdullâh Ibn Sâd Ibn Abî Sarh a embrassé l'islam après la révélation du chapitre 23.




Source utilisée: http://www.islamic-awareness.org/Quran/Sources/Sarh/



 



15/07/2008
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